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encadrée par la
blonde cavalcade des Valkyries, et majestueusement escortée par
la déesse Berchta, la Wilda Bertha, Perchta ou Eisenberta.
Par-dessus les campagnes et les villes d'Allemagne, de Bavière,
du Tyrol, de Suisse orientale, survolant les petites maisons à
colombages, pignons et tourelles, qui, des nuages, ressemblent à
ces jouets que les enfants attendent, Berchta mène derrière elle
sa suite féerique. Accrochée à son manteau de brouillard, de
neige et de vent se presse la foule des " laissés-pour-compte"
qu'elle
rassemble et réconforte. Une nichée de bébés mort-nés gazouille
dans sa
capuche, des enfants trépassés non baptisés, des morts mal
enterrés, oubliés, des âmes d'assassinés, de pauvres âmes
suicidées par trop d'amour voisinent des ombres de Lutins
perdus, de Fées défuntes, d'Elfes délaissés, de fantômes fanés,
tout heureux de se retrouver ensemble à courir la campagne avec
leur bienfaitrice, à visiter les maisons décorées pour Noël, à
déposer des cadeaux, punir les méchants, récompenser les
méritants et recueillir d'autres âmes en peine abandonnées sur
les chemins.
Elle descend au
carrefour de quatre routes où pleure une âme gelée, l'emporte
parmi les siens qui, empressés de l'entourer, lui rendent par
des caresses et baisers vie et lumière. Et c'est une nouvelle
luciole qui va et vient joyeusement entre les formes
iridescentes et gracieuses, et mêle son chant aux jappements
joueurs d'une bande de chiens minuscules et ailés.
On raconte que, non
loin de Kufstein, la compagnie céleste avait atterri dans un
champ et s'amusait dans la neige en attendant la Mère Berchta
occupée à examiner les travaux ménagers d'une fermière
paresseuse. Le plus petit d'entre eux, échappant à la
surveillance de ses aînés, s'était alors égaré dans les bois en
essayant d'attraper des flocons sur le bout de la langue. Sa
chemise trop longue pour lui entravait ses jambes et il
trébuchait à chaque pas. Un pauvre bûcheron passant par là le
ramassa, le moucha, le débarrassa du givre collé à ses cheveux
puis, ému de le voir si mal attifé, lui remonta la chemise en la
serrant à la taille avec sa propre ceinture, avant de le
remettre dans la bonne direction. Berchta, qui l'observait à
travers un buisson, s'avança alors vers lui en souriant: " Tu es
un brave homme, dit-elle, que tes enfants soient bénis, ils ne
manqueront jamais de rien. " En effet, sur le chemin du retour,
le bonhomme trouva une bourse d'or qu'il su faire fructifier et
toute sa famille vécut heureuse, n'oubliant jamais au moment de
l'Epiphanie de rendre hommage à la bonne Berchta.
Mais elle peut aussi
être terrible. On raconte également que, rendue furieuse par les
agissements d'un huissier ayant fait expulser la nombreuse et
misérable famille d'un sabotier en plein hiver, elle se saisit
de lui et le jeta aux griffes vengeresses de la horde. Ses
restes arrachés furent, dit-on, déposés à la Noël dans tous les
souliers des huissiers de la ville en guise d'avertissement.
C'est pour ces raisons que toutes et tous attendent avec effroi,
joie et vénération la venue de Berchta la Sauvage. |